lundi 6 avril 2015

Portraits de Montréal


Sorti en 2014 aux éditions françaises Hikari dans la collection "Portraits de ville", l'ouvrage "Portraits de Montréal" est en partie à l'origine du projet des "Passeurs d'histoires". Ce livre regroupe les portraits de dix Montréalais d'origine ou d'adoption, des individus dont le seul point commun est l'amour qu'ils portent pour notre belle Montréal. (À noter que je l'ai rédigé en quelques semaines grâce à un mode opératoire identique à celui que nous proposons dans les Forfaits thématiques).

Ainsi, à travers dix parcours, dix histoires de vie, on découvre une ville dont la diversité lui confère son charme unique. À mi-chemin entre un recueil biographique et un guide touristique, "Portraits de Montréal" fait voyager le lecteur dans la métropole québécoise, à travers les yeux d'un accordéoniste-chanteur arrivé de France dans les années 80, d'un humoriste québécois à succès, d'une étudiante d'origine coréenne et bien d'autres... Je vous en propose quelques extraits ci-dessous.




Ce jour-là, il m’a encouragée à me rendre au casting pour Playboy, qui se tenait justement à Toronto le lendemain. Tous les responsables du magazine s’étaient déplacés et des centaines de filles avaient pris des rendez-vous depuis déjà longtemps. Le casting était booké à la minute près et pourtant, Paul a réussi à me trouver une place ! Je m’y suis donc présentée sans grande attente parce qu’on m’avait dit qu’il me faudrait patienter deux mois avant d’avoir une réponse, et surtout, la sélection était difficile au vu du nombre de filles qui tentaient leur chance ! Je me suis retrouvée devant les responsables du casting, me suis fait photographier, puis après quelques minutes, l’éditeur en chef s’est approché de moi, m’a serré la main et m’a dit : « Bienvenue dans la famille Playboy ». C’était tellement inattendu ! La fierté que j’ai ressentie à ce moment-là était folle. Je vivais l’un des plus beaux moments de ma vie et ce fut un tournant incontestable. Anne-Krystel Goyer, Styliste

Après être allé deux mois dans ma famille en France, je suis rentré à Montréal avec mon accordéon sous le bras, encouragé par un ami violoncelliste avec qui je devais faire quelques représentations. Ça a aussi coïncidé avec le fait que le métro de Montréal ouvre ses portes aux musiciens, c’était en 1982. J’ai tout de suite saisi cette opportunité et je me suis mis à jouer de l’accordéon dans les allées de la station McGill. Les premiers jours furent assez étourdissants car cette expérience était toute nouvelle pour moi : les passants s’arrêtaient, me regardaient jouer, me laissaient un peu d’argent ou même des petits mots adorables. Je me souviens même d’une dame qui m’avait écrit que j’étais sa « vraie joie du matin ». C’était touchant et bouleversant parce qu’en descendant dans le métro, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, et la réaction positive du public a été presque instantanée. Je me suis rendu compte que les passants étaient réceptifs à ce que je jouais.
Luc Lopez, Accordéoniste-chanteur

Je me suis tout de suite senti à l’aise dans cette atmosphère et j’ai dansé aux côtés de nombreuses drag-queens pendant presque trois ans, jusqu’à l’automne 2005. C’est alors qu’un ami m’a soumis l’idée de participer à un concours de drag-queens, le Star Search, organisé au Cabaret Mado, un bar de plus en plus populaire que Mado avait ouvert dans le Village. Ça m’amusait de tenter ma chance alors je m’y suis inscrit. Un ami a pu me maquiller, j’étais à l’aise sur scène et bon danseur donc j’ai fait mon numéro et au final… C’était sincèrement merdique ! Une catastrophe. Mais je le dis avec le recul que j’ai aujourd’hui parce qu’en réalité, sur le moment, j’avais vraiment adoré ça. C’était officiellement la première fois que Barbada mettait les pieds sur scène. J’avais choisi ce nom pour mettre en avant le côté clownesque, farfelu et pas trop sérieux de mon personnage, mais je faisais aussi un petit clin d’œil à mes origines car mon père, que je n’ai jamais connu, venait de la Barbade.
Sébastien Potvin, Enseignant, Drag-Queen, DJ

Pendant les deux premières années de mon garçon, je faisais encore du stand-up dans les bars et finalement, j’arrivais à gagner ma vie comme ça, bien que ce ne soit pas énorme. Je me souviens qu’à cette période, c’était toujours à l’heure du bain du petit qu’il fallait que je parte. Sa mère était à genoux dans la salle de bain en train de laver le petit, quand je devais annoncer que je m’en allais. Je roulais parfois plusieurs heures jusqu’au bar où je jouais, j’arrivais, je faisais trente minutes de blagues, on me donnait quelque chose comme 120 dollars, puis je rentrais chez moi. Sur le chemin du retour, je dépensais la moitié de cet argent en essence, je rentrais à la maison et je déposais ce qui restait sur le comptoir. En clair, je manquais de belles soirées avec ma femme et mon fils pour seulement 60 dollars. Tout cela est vite devenu de plus en plus difficile pour moi.
Jonathan Roberge, Humoriste


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